Lotel dite Providence – Rue Deforges

Nous sommes ici devant une véritable institution culinaire de la rue Desforges (ou pour faire plus court, la rue Sir Seewoosagur Ramgoolam). « Lotel dite » Providence est fameux dans la capitale pour son thé et ses gâteaux piments. Un menu de choix de la cuisine mauricienne.

Un ballet incessant de clients y entrent et en sortent, s’asseyent le temps de manger leur pain gâteau piment ou poulet tikka et de boire une tasse de thé (trop) sucrée.

Les flâneurs s’y arrêtent pour analyser l’actualité politique avec des commentaires désabusés. L’Hôtel Providence bruisse de toutes les rumeurs de la ville.

Le petit bâtiment qui abrite ce lotel dite mérite que l’on s’y attarde. Il s’agit d’un lieu étroit, en pierres taillées datant de l’époque française. Pour entrer on passe en dessous d’une magnifique (et trop discrète) arche en pierre. Quasiment tous les murs sont bâtis de pierres, larges et belles. Ils ont été peints et repeints, et sont recouverts par endroits de publicités pour des boissons gazeuses, d’offres pour des cours particuliers et de prières du Coran. L’Hôtel Providence a la beauté modeste.

L’histoire de l’hôtel Providence est avant tout une histoire de famille. Il a été ouvert il y a 55 ans, par le père du tenancier actuel, et ses trois frères. A la génération suivante les cinq cousins ont repris le flambeau.

Avant même son père, c’est le « nana », le grand père maternel, de Mr Rahmatoollah Allykhan, qui a ouvert un premier hôtel à Port-Louis. Il venait de la région du Konkan, vers le Maharashtra dans l’ouest de l’Inde.

Tenir un lotel dite, comme « Pakistan » pas loin sur la rue Desforges ou « Gool » à Beau-Bassin, est un travail extrêmement pénible qui demande un engagement sans faille. Le tenancier se lève à 3h du matin, et commence à préparer les gâteaux, et les beignets frits pour ouvrir dès 5h du matin. Il ferme au milieu de la nuit, vers 2h. Et il ne désemplit jamais.

Toute la journée et toute la nuit on y vend du thé, du pain-gâteau piment avec ou sans fromage kraft, avec ou sans beurre, des tikka poulet, du pudding manioc, et moults autres spécialités. Les recettes n’ont pas changé depuis l’époque du nana.

Il fait un peu sombre à l’intérieur, comme dans un antre chaleureux. On se met à une table, et assis sur un tabouret en plastique, on pourrait rester une journée entière à regarder passer les gens, les écouter bavarder, imaginer leur vie.

Les habitués s’y arrêtent le matin pour prendre un petit déjeuner rapide avant d’aller travailler. Puis d’autres y prennent leur pause thé de 10h. Ensuite c’est l’heure du déjeuner, puis l’heure du thé de l’après-midi. Certains y font une halte rapide pour dîner, puis vient l’heure du petit creux de ceux qui finissent leur travail de nuit ou celui des joyeux lurons qui rentrent d’une fête.

Le tenancier est peu optimiste pour l’avenir car trouver des jeunes gens qui veulent reprendre le flambeau est quasiment impossible. Les horaires de travail sont trop durs et l’effort demandé trop fastidieux. L’histoire familiale de l’Hôtel Providence s’arrêtera peut-être donc là.

Vous êtes gourmand ou gourmet ?

Réservez une de nos balades et goûtez des spécialités mauriciennes !