On lui met au cou un collier de fer à trois pointes …

« Ensuite on détache le misérable tout sanglant; on lui met au cou un collier de fer à trois pointes et on le ramène au travail. Il y en a qui sont plus d’un mois avant d’être en état de s’asseoir. »

Voyage en Isle de France
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esclavage ile maurice

L’esclavage à l’Ile Maurice

Il est difficile pour le lecteur de l’Ile Maurice d’aujourd’hui d’imaginer la vie des esclaves au 18ème siècle sur l’Isle de France…

Nous avons retrouvé une description saisissante de cette vie. Une description pleine d’acuité. Dure et humaine à la fois.

Ce que vous allez lire est un texte écrit par Bernardin de Saint-Pierre, à l’occasion de son voyage à l’Isle de France. Le texte original en vieux français a été adapté pour en faciliter la lecture.

Extraits :

On les débarque tout nus avec un chiffon autour des reins.

On met les hommes d’un côté et les femmes à part avec leurs petits enfants qui se pressent de frayeur contre leurs mères. L’habitant les visite partout et achète ceux qui lui conviennent.

Les frères, les soeurs, les amis, les amants sont séparés; ils se font leurs adieux en pleurant, et partent pour l’habitation. Quelque fois ils se désespèrent; ils s’imaginent que les blancs les vont manger; qu’ils font du vin rouge avec leur sang et de la poudre à canon avec leurs os. Voici comme on les traite.

Au point du jour trois coups de fouet sont le signal qui les appelle à l’ouvrage.

Chacun se rend avec sa pioche dans les plantations où ils travaillent presque nus à l’ardeur du soleil. On leur donne pour nourriture du mahis broyé, cuit à l’eau, ou des pains de manioc; pour habit un morceau de toile.

A la moindre négligence on les attache par les pieds et par les mains sur une échelle. Le commandeur, armé d’un fouet de poste, leur donne sur le derrière nu, cinquante, cent et jusqu’à deux-cents coups. Chaque coup enlève une portion de la peau. Ensuite on détache le misérable tout sanglant;

on lui met au cou un collier de fer à trois pointes et on le ramène au travail. Il y en a qui sont plus d’un mois avant d’être en état de s’asseoir. Les femmes sont punies de la même manière.

Le soir de retour dans leur cases, on les fait prier Dieu pour la prospérité de leurs maîtres. Avant de se coucher ils leur souhaitent une bonne nuit.

Source : Voyage à l’Isle de France, à l’Isle de Bourbon, au Cap de Bonne-Espérance, etc. avec des observations nouvelles sur la nature et sur les hommes. Tome 1, par un officier du Roi, 1773. BNF

Document en ligne : Pour en savoir plus sur l’Isle de France au 18ème siècle 

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