Ganesh Chaturthi – les secrets de l’arrière cuisine

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Dix choux sont posés sur la table, à côté d’énormes pommes de terre de la taille d’un gros rat. Ici « tout le monde met la main dans la pâte » nous dit une belle-fille. Une longue table en fer blanc est le pivot de la cour.

Dans l’arrière-cuisine il y a 10 femmes affairées qui travaillent en silence. Je me demande si c’est parce que nous sommes là, deux intruses dans leur intimité, ou si c’est l’habitude d’être ensemble. Uniquement des femmes dans cette arrière-cour transformée en cuisine, des filles de Sonee ou des belles-sœurs.

Le bruit de l’eau qui coule pour la vaisselle. Le bruit du couteau qui tranche les choux, craaaac-craaaaaac-craaaaac.

« Longer ok? » demande-t-elle en montrant la pomme de terre qu’elle vient de couper. « Koupe mem ale, koup an sis ». D’une main experte elle en prend une pour lui montrer comment faire, en 2 et puis encore en 2.

Une des belles-filles, Sweetie, porte un churidar bleu ciel. Une autre un sari rouge tissé à la manière jamdani, une autre un sari en block print. Les bracelets en verre tintent, une trentaine sur chaque bras.

« Plis ankor zwanion pou mwa« , les oignons piquent les yeux. Elles pleurent et rient de pleurer. Elles doivent avoir entre 25 et 70 ans, chacune occupée à accomplir sa tâche sur cette longue table en fer blanc. L’eau coule toujours.

Elle rape les oignons, ça va plus vite que de les couper et s’essuie les yeux avec son dupatta. « Mo bonom per kan mo rape, telman mo fer vit« . Elle sourit.

Tout autour de nous, je compte 6 deksi, 4 carailles de toutes les tailles dont une énorme d’au moins 60 centimètres de diamètre. Après les pommes de terres, les oignons, les choux, arrive le tour des bananes. « Banann ki pou fer?« . Tout ceci a été organisé plusieurs jours à l’avance. Le menu a été décidé lors d’une réunion de famille, un sous-comité s’occupe uniquement de la cuisine. Les membres s’assurent que chacun des 600 convives qui viendront fêter Ganesh Chaturthi repartira le ventre plein. Il est arrivé une année qu’il faille se remettre à cuisiner à une heure du matin.

Cinq sacs de riz de 40 livres chacun seront cuits en deux jours, soit 100 kilos. Ah oui, quand même.

Sweeti a fini de laver les zat. Elle profite de cette courte pause pour sortir son smartphone et vérifier ses messages. Une autre trempe sa main dans un seau. De l’eau? Non, de l’huile! Toutes éclatent de rire. Elles se moquent gentiment d’elle, heureusement qu’elle n’était pas bouillante. Une bonne odeur de methi, du fenugrec, qui frit dans la caraille nous enveloppe, chaleureuse. J’aimerais rester ici des heures, à les regarder et à les écouter.

A côté du foyer, où le gaz a remplacé le charbon, on voit les vestiges d’un puja, une prière à Dhaltima, la déesse de la terre. Avant de débuter leur marathon culinaire, les femmes ont imploré son aide et demandé sa bénédiction pour tenir la cadence de la préparation de ce repas gargantuesque.

Une femme aux cheveux noir de jais demande à Maya, son regard tourné vers moi, « to tifi sa? ». Une autre s’esclaffe, « mwa osi monn dir mem zafer! zot resanble! ». Toutes éclatent de rire. Celle-là on ne nous l’avait encore jamais faite !

Wesley passe dire bonjour, ses lunettes de soleil et sa casquette rouge Emtel vissées sur sa tête, 2 élastiques roses sur le bras. Une femme qui a fini son puja a laissé son mari parler entre hommes à l’entrée, assis sur des chaises en plastique rouge. Elle vient saluer les femmes dans l’arrière cuisine. Elle fait une bise un peu raide, à chacune. « Masala la santi bon! » Elle prend place autour de la table en fer blanc avec un couteau. Sa petite fille en churidar mauve, un collier de perles en plastique autour du cou, est toute timide. Ses jambes s’entortillent.

Un des petits-fils arrive pour saluer sa mère. « Mo get twa, bebe ». Il est tout propre et bien coiffé. La vingtaine, très élégant dans  son kurta blanc en soie, il est fin prêt à partir. Il participe à un spectacle de danse en l’honneur de Ganesh au Centre Culturel Marathi. La danse est sa grande passion.

Son rêve? Ouvrir un studio pour zumba et yoga, dans un hall qu’ils sont en train de construire. Enfin seulement s’il ne réussit pas à trouver  « enn travay dan gouvernma ».

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