La typographie, une méthode d’impression oubliée – Episode 1/2

C’est en portant attention au reçu qui nous avait été donné par un notaire que nous avons découvert l’existence de City Press à Port-Louis. Un reçu tout ce qu’il y a de plus neuf mais qui donnait une impression de letan lontan, « vintage » on dirait aujourd’hui. Clairement les lignes de ce reçu, les phrases imprimées n’avaient pas cette perfection que donne l’impression digitale.

C’est cette imperfection qui nous a attiré. Quelle était donc cette technique, où se cachait cette presse et quelle était donc son histoire?

L’atelier de City Press est situé en plein centre de Port-Louis, rue Remy Ollier. C’est le voisin de Bombay Sweets, une pâtisserie que les gourmands connaissent bien. Nous sommes passées des centaines de fois devant, sans jamais le voir. L’atelier est discret, un peu en retrait, comme ses ouvriers.

Monsieur Rungen est le directeur de City Press. Accueillant et généreux, il nous a ouvert grand les portes de son repaire. Il est la 3ème génération à tenir cette presse familiale. Et nous dit-il, « sans doute la dernière » car ils ont vu une baisse drastique de leur travail ces dernières années. Les techniques d’impressions actuelles sont tellement plus rapides et plus performantes…

Dans cet atelier chaque personne a une tâche importante à accomplir. Comme un ballet avec des danseurs qui suivent une chorégraphie minutieuse et minutée. Un travail d’ensemble.

Cadress est le typographe. C’est lui qui compose les mots, les phrases, les lignes et même les espaces. Il compose donc même le vide entre les lignes.

C’est d’abord entre ses mains que naissent les invitations de mariage, les carnets de reçus des avocats du coin, les tickets de parking, les horaires d’ouverture des temples tamouls, les menus de petits restaurants Port-louisiens et les invitations aux marches sur le feu à Saint Antoine.

Il travaille ici depuis 43 ans. Une vie. Il connaît évidemment par cœur le contenu de tous les tiroirs en bois, les castins, remplis à ras bord de dizaines de milliers de caractères en plomb. Les caractères sont de différentes tailles, suivent différentes polices, sont en italiques ou gras. Même les espaces sont de différentes tailles, les lignes, les lettres majuscules et minuscules. Et n’oublions pas bien sûr les points de ponctuation.

Les lettres ne sont pas placées par ordre alphabétique dans les tiroirs. Elles suivent un ordre particulier, toujours le même. Comme l’ancêtre du clavier d’ordinateur, un lointain cousin du « azerty ».

Les lettres majuscules se rangent dans les castins du haut et les lettres minuscules, espaces, et la ponctuation, en dessous dans le bas de casse.

Il faut avoir de bons yeux pour voir les plus petites lettres, elles font 6 points. Et les plus grosses 72 points!