De Macao à la rue Royale, l’histoire d’Asseem, travailleur engagé

source: PG, PE, PO and PF Series, MGI Indian Immigration Archives/ RA and KL Series, Mauritius National Archives

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L’histoire des travailleurs engagés

Après une traversée de plus de six semaines sur l’Atlas, les 36 premiers travailleurs engagés arrivent à Port-Louis depuis le port de Calcutta. Nous sommes le 2 novembre 1834. Quelques mois avant la déclaration officielle de l’abolition de l’esclavage. Ces laboureurs fraîchement débarqués, sont destinés à travailler pendant 5 ans sur la propriété sucrière d’Antoinette à Rivière-du-Rempart. On les appelle “engagés”, car à la différence des esclaves, ils sont libres et ont été engagés pour faire un travail précis. Tous ont signé un contrat en y apposant un “x” à côté de leur nom.

Des centaines de milliers de personnes suivront ces 36 premiers travailleurs engagés. Ils viendront travailler à l’Ile Maurice et écrire son histoire d’île à sucre. Qui sont-ils ? Quelle est l’histoire de ces personnes?

Quand la petite histoire se mêle à la grande Histoire…

L’histoire d’Asseem, travailleur engagé de Macao à la rue Royale

Asseem et ses compatriotes sont arrivés par le port de Penang (aujourd’hui situé en Malaisie). En juillet 1841, quelques 25 travailleurs chinois engagés ou sous contrat, travaillaient sur la propriété sucrière d’Antoinette.

Les écrits de l’époque décrivent un groupe de travailleurs dissipés, se refusant à se soumettre aux conditions de vie et de travail pénibles qui leur étaient imposées. Au grand désarroi de leurs patrons, ils passaient leur temps à s’enfuir, pour devenir des “vagabonds” ou “vagrants”. Ils déclaraient des grèves intempestives, et écrivaient de longues plaintes quant à leurs conditions de vie au Protecteur des Immigrants.

Quelques années plus tard, la plupart avait fui la propriété sucrière d’Antoinette. Ils s’étaient installés à Port-Louis pour y refaire leur vie. D’autres choisirent de rentrer en Chine.

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Asseem fut l’un des seuls à décider de rester travailler à Antoinette après la fin de son contrat de travail. Il avait 33 ans quand il arriva de son Macao natal, pour travailler comme menuisier. Les tâches ne manquaient pas pour qui savait travailler le bois.

Construire des maisons, poser les planchers, réparer les toitures de l’usine et des habitations, fabriquer des calèches. Après chaque cyclone, tout recommencer. Le temps passait vite.

Asseem resta sur la propriété jusqu’en 1863. Lorsqu’il écrivit une plainte qui n’eut aucune suite; lui aussi décida de changer de vie.

Il quitta la propriété d’Antoinette pour commencer un nouveau chapitre de sa vie dans la capitale, à Port-Louis. Il laissa derrière lui le vert des champs de canne, la fumée qui s’élevait de la cheminée de roches, le bruit assourdissant de l’usine pour la vie trépidante de la ville, son caractère cosmopolite et libre, et le tumulte de ses rues animées.

Après de longues année d’une vie en tant que travailleur engagé, il finit par monter son propre atelier de menuiserie en 1870, situé sur la rue Royale. L’indépendance, enfin !

Sur la photo, Asseem a 62 ans. Il est photographié au Dépôt de l’Immigration (situé sur ce qui aujourd’hui est la Gare du Nord à Port-Louis). Il meurt en 1887 à 79 ans à Port-Louis.

  

Pour mieux comprendre l’histoire des travailleurs engagés :

    • Et nous remercions vivement Satyendra Peerthum et son ouvrage « Our contry’s indenture sites : an invitation to discover the history and heritage of Antoinette and the life stories of its indentured labourers and their descendants, 1770 -1834-2015″, Copyright Aapravasi Ghat Trust Fund. 

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